Société · Enquête économique

Combien coûte réellement la fabrication d’un tee-shirt ?

Un tee-shirt vendu 20 € en boutique n’a pas un coût de fabrication déductible de ce prix. Pour estimer ce que coûte une pièce, il faut savoir ce que l’on compte, sur quelle commande, à quel endroit de la chaîne et dans quelle monnaie.

Postes de couture alignés dans un atelier de confection en Thaïlande.
Atelier de confection en Thaïlande, photographie documentaire de 2006.Greg Walters · 2006 · CC BY 2.0 · format WebP

Les postes de fabrication

À l’échelle d’un atelier, une estimation peut inclure l’étoffe, le fil et les accessoires, le temps de coupe et d’assemblage, les pertes de matière et des frais répartis sur la commande. Le tissu peut intégrer le coût de la teinture réalisée ailleurs. Les postes doivent être décrits pour éviter de compter deux fois le même travail. Un prix de commande inclut aussi des éléments qui dépendent de ce que le fournisseur s’engage à livrer.

Définir ce qui sort de l’atelier

Demander ce que coûte un tee-shirt suppose d’indiquer la pièce et l’étape. Le coût peut couvrir le jersey, le bord d’encolure, le fil, la coupe, l’assemblage, le repassage et un contrôle. Le fournisseur peut aussi assurer des opérations ou des services qui dépassent l’atelier. Pour comparer deux chiffres, notez si l’un décrit les ressources consommées et l’autre le prix facturé. Une même référence peut coûter davantage en petite série si certains frais se répartissent sur moins de pièces. Le prix réglé dépend en plus des conditions de livraison, du calendrier et des termes du contrat. [1] [2]

La masse de tissu utilisée dépasse parfois la masse du vêtement

La coupe répartit des formes sur une largeur. Des espaces peuvent rester entre les panneaux, surtout lorsque le tissu impose un sens ou qu’un motif doit se raccorder. Pour établir un coût, l’atelier peut suivre la quantité sortie du stock pour un lot plutôt que peser un tee-shirt fini. Si le patron et la largeur du rouleau changent, la consommation par pièce peut changer sans que le tee-shirt soit plus lourd. La taille de commande et la répartition des tailles peuvent aussi modifier le plan de coupe. Ces informations expliquent pourquoi deux pièces visuellement proches ne coûtent pas toujours la même quantité de matière.

Un poste direct et des frais répartis répondent à des règles différentes

Une personne qui assemble une couture mobilise un temps de travail directement lié à la pièce ou au lot. Les frais de locaux, de maintenance ou d’organisation peuvent être affectés par une règle de répartition. Demandez si le chiffre décrit une dépense effectivement observée ou une estimation appliquée à un lot. Une machine utilisée par plusieurs commandes ne coûte pas son prix entier à une seule référence. En revanche, l’atelier doit financer son usage et son entretien. Dans un calcul, indiquez comment vous répartissez les frais. Le résultat sera plus facile à comparer avec une autre méthode de chiffrage.

Un calcul explicite, pour comprendre la méthode

Imaginons 2 € d’étoffe et accessoires, 1,50 € de main-d’œuvre directe et 1 € de frais d’atelier alloués à une pièce. Avec ces seules hypothèses, la somme atteint 4,50 €. Ce montant fictif exclut notamment la marge du fabricant et le transport au-delà de l’atelier. Il sert à montrer l’addition, sans prétendre décrire une usine, un pays ou un salaire. Si le tissu coûte 0,75 € de plus à produit identique, le total passe à 5,25 €.

Illustration SURPIQDécomposer le coût à périmètre constant
  1. MatièreIncluez ce qui est consommé par pièce selon l’hypothèse retenue.
  2. Main-d’œuvreReliez le temps de fabrication au coût horaire retenu.
  3. Autres fraisPrécisez quels frais sont répartis sur la série.

Déplier l’hypothèse de temps

Reprenez les 1,50 € de main-d’œuvre directe de l’exemple. Ils pourraient correspondre, dans un scénario fictif, à dix minutes valorisées à 9 € de coût horaire pour l’entreprise. L’opération est 10 ÷ 60 × 9 = 1,50 €. Si le temps atteint quinze minutes au même coût horaire, le poste passe à 2,25 €. Le coût horaire hypothétique de l’entreprise est une base de calcul. Il n’est ni une rémunération nette ni un salaire de référence. Le calcul montre comment une variation de temps se répercute sur un poste lorsque les autres hypothèses restent identiques.

Tester l’effet de la taille de la commande

Supposez 300 € de préparation à répartir et une production de 600 pièces. La préparation représente 0,50 € par pièce. Sur 300 pièces, la même dépense représente 1 € par pièce. Cet exemple n’inclut pas un changement de prix du tissu ou de rythme de travail. Il permet d’isoler un mécanisme. Dans une comparaison réelle, demandez quelle quantité a été commandée et sur quel ensemble les frais sont répartis. Un prix en petite série et un prix en grande série éclairent des organisations différentes, même si le produit décrit possède la même coupe et les mêmes matériaux.

Une analyse de sensibilité peut isoler un poste

Avec le scénario de départ, un coût fictif de 4,50 € comprend 2 € de matière et accessoires, 1,50 € de main-d’œuvre directe et 1 € de frais d’atelier. Si seul le temps passe de dix à quinze minutes au coût horaire supposé, le total devient 2 € + 2,25 € + 1 €, soit 5,25 €. Le résultat est identique à l’augmentation fictive du prix de la matière évoquée plus haut. Le même montant final peut donc résulter de contraintes différentes. Pour comprendre à qui revient la somme, il faut la ventilation, pas seulement le total.

Ce qu’un prix de sourcing permet de lire

Le rapport de Clean Clothes Campaign et Public Eye étudie des prix d’approvisionnement de tee-shirts en coton du Bangladesh. C’est un corpus situé. Un prix payé par un acheteur à un fournisseur ne fournit pas, à lui seul, la rémunération de la personne qui a assemblé la pièce. Pour étudier les conditions de travail, il faut d’autres informations sur les pratiques de commande et la chaîne. [1] [2]

Le rapport Squeezed Dry suit un prix d’achat situé

Public Eye et Clean Clothes Campaign ont publié Squeezed Dry en mai 2026. Le dossier étudie des prix d’approvisionnement de tee-shirts en coton du Bangladesh à partir de données commerciales et examine les pratiques de plusieurs acheteurs. Sa synthèse indique que de nombreux acheteurs se fournissent autour de 2 à 3 dollars des États-Unis par pièce pour un tee-shirt standard dans le périmètre de l’étude. Il s’agit d’un prix d’approvisionnement documenté par ce rapport, avec des écarts entre transactions. Pour le comparer à un autre montant, identifiez le produit, le volume, la date et le point de livraison. [1] [3]

Prix nominal et prix corrigé de l’inflation

Un montant nominal est le prix exprimé dans la monnaie de la période. Un prix corrigé de l’inflation est calculé en utilisant un indice pour comparer des valeurs dans le temps. Une faible hausse en monnaie courante peut correspondre à une baisse une fois la hausse générale des prix prise en compte. Si vous citez une évolution du rapport, revenez à la série, à l’indice retenu et au groupe d’acheteurs. L’intérêt de la distinction est de comprendre la pression sur les montants qui financent le travail et les autres dépenses. La conversion en euros à une date donnée répond à une question distincte. [3]

De l’entretien avec des fournisseurs à une ventilation

Le rapport présente aussi un exemple de ventilation du coût de fabrication construit à partir de travaux antérieurs et discuté avec des personnes interrogées. Comparez ce tableau à celui des prix d’achat. L’un met en relation des postes pour une pièce type. L’autre cherche à mesurer ce que paient des acheteurs sur une période et un ensemble de produits. La distinction aide à comprendre la marge de manœuvre d’un fournisseur. Pour relier le prix aux salaires, il faut encore des informations sur les rémunérations, les heures et la façon dont les entreprises répartissent les dépenses. [3] [2]

Une moyenne d’achat peut masquer des variantes de produit

Un tee-shirt pour adulte et une petite taille peuvent demander des quantités différentes de jersey. Une finition, un type de col ou un contrôle supplémentaire peuvent modifier les opérations. Un rapport qui regroupe des produits doit expliquer comment il construit la comparaison. Lisez les informations sur la catégorie douanière, la période et les unités. Si la source détaille certains acheteurs, vérifiez si l’exemple porte sur leurs achats ou sur l’ensemble du marché. Vous pourrez citer un ordre de grandeur en gardant son périmètre et en laissant à part ce qui concerne le modèle précis que vous examinez. [3]

Comparer deux chiffres seulement s’ils parlent de la même chose

Cherchez l’année, la devise, la taille de commande et le point de livraison. Notez les postes inclus et ceux qui manquent. Si l’on vous présente à la fois un prix usine, un coût de transport et un prix boutique, gardez-les dans des colonnes séparées.

Le prix en rayon comprend d’autres décisions

Entre le prix fournisseur et le prix en magasin, des postes peuvent s’ajouter, comme le transport, la distribution, la commercialisation, les taxes et les marges. Leur place dépend de la façon dont la vente est organisée. Une remise modifie le prix affiché et peut intervenir longtemps après la commande. Pour expliquer l’écart entre deux sommes, vérifiez d’abord quels coûts sont réellement compris dans les chiffres. Une enquête de Public Eye et du BASIC sur un sweat à capuche publié en 2019 donne un exemple d’estimation de ces postes. Le produit, la chaîne et l’année diffèrent du cas des tee-shirts du Bangladesh. [4]

Une comparaison devient utile avec un point de livraison

Avant de comparer deux prix, notez à quel endroit le fournisseur remet la marchandise et qui supporte les opérations suivantes. Un chiffre au départ de l’usine et un prix qui inclut des opérations jusqu’à un autre point ne couvrent pas la même chose. Ajoutez la monnaie, la date, les taxes éventuelles et la taille du lot. Si l’information manque, conservez le montant comme exemple situé. Dans une discussion sur la rémunération, cherchez le document qui relie le temps de travail et le paiement. Une somme attribuée à un vêtement renseigne sur une dépense ou une transaction, selon ce qu’elle inclut. [3] [2]

Une question à poser quand un chiffre circule

Demandez d’abord ce que la somme paie. S’agit-il de tissu, de fabrication, d’une commande fournisseur ou du prix réglé en boutique ? Demandez ensuite à quel produit et à quelle date elle se rapporte. Pour un montant calculé, refaites l’addition des postes disponibles et vérifiez si le transport ou la marge sont comptés séparément. Ce travail donne un sens à la comparaison. Il permet aussi de voir quelle part de l’argument repose sur une enquête et quelle part sert d’exemple. Dans un achat ordinaire, la même méthode aide à distinguer une information documentée sur la fabrication d’une promesse de marque. [3] [4]

Ce que le prix permet de demander à un donneur d’ordre

Le guide de l’OCDE permet de lier la question des prix aux autres conditions d’achat. Demandez quand la commande a été confirmée, comment les modifications sont traitées et ce que couvre le montant convenu. Si l’entreprise publie des informations sur les salaires, cherchez à quels sites et à quelles périodes elles se rapportent. Le fournisseur reçoit un prix pour un ensemble d’obligations. Pour évaluer le travail, il faut savoir comment ce montant se traduit dans l’atelier. Cette lecture maintient le lien entre la décision d’achat de l’entreprise et les moyens laissés aux personnes qui réalisent la pièce. [2] [3]

À consulter

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Sources et ressources

  1. Clean Clothes Campaign et Public Eye, Squeezed Dry, étude de prix d’approvisionnement présentée par Labour Behind the Label
  2. OCDE, Guide sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables dans le secteur de l’habillement et de la chaussure, 2018
  3. Public Eye et Clean Clothes Campaign, Squeezed Dry: Pricing pressure in the global fashion industry, mai 2026
  4. Le BASIC, « Quel est le coût réel de la Fast Fashion ? », étude de prix d’un sweat, 2019