Société · Enquête économique

Pourquoi produisons-nous autant de vêtements ?

Une enseigne peut prévoir de vendre une robe dans plusieurs tailles et couleurs sans connaître d’avance la demande exacte. Multipliez ce choix par des renouvellements fréquents et des circuits de vente différents. Vous obtenez un système où la production, la disponibilité en ligne et le nombre de vêtements effectivement portés sont des mesures différentes.

Atelier à Adana avec des textiles accumulés pour le recyclage.
Atelier de recyclage textile à Adana, en Turquie. La photo situe un débouché de la filière.Dosseman · 2014 · CC BY-SA 4.0 · format WebP

La demande et la façon de construire l’offre

Les achats entretiennent l’offre. La façon dont les entreprises multiplient les références, planifient les commandes et gèrent les retours contribue aussi à déterminer les quantités mises en circulation. Il faut regarder comment la production est engagée et ce qui se passe lorsqu’une prévision de vente ne se réalise pas.

Une décision de production intervient avant l’achat

Une entreprise peut commander à partir de ventes antérieures, d’une tendance attendue ou d’une place qu’elle souhaite occuper dans son rayon. Elle doit décider quelle quantité engager et quand confirmer le volume. Si le fournisseur achète l’étoffe ou réserve une capacité, une partie du coût existe avant la vente. La personne qui achète voit seulement l’offre disponible et les prix. Pour comprendre pourquoi beaucoup de pièces sont produites, remontez donc le calendrier. Demandez qui décide du nombre de modèles, du nombre d’unités et du moment où une série peut être réduite ou relancée. Les trois décisions n’utilisent pas toujours la même information. [3]

Distinguer un choix large et un volume élevé

Imaginez deux enseignes. La première propose 100 références avec 100 unités chacune. La seconde en propose 20 avec 500 unités chacune. Dans cet exemple fictif, les deux engagent 10 000 pièces. Le choix visible et le volume de production varient pourtant en sens différent. Ajoutez un réassort à la première ou à la seconde, et le total change après la mise en vente. Ce calcul aide à comprendre pourquoi un compteur de nouveautés ne mesure pas la quantité produite. Pour établir le volume d’une entreprise, il faut des données sur les séries et leurs relances, avec une période et une définition des pièces incluses.

Les tailles et les couleurs répartissent le risque

Une prévision de vente s’établit aussi pour des tailles et des couleurs. Une demande totale conforme aux attentes peut coexister avec une rupture dans une taille et un surplus dans une autre. Pour étudier le stock, demandez si la mesure porte sur l’ensemble du modèle ou sur chaque variante. Un lot peut être disponible alors que le client ne trouve plus la combinaison qu’il cherche. Une remise peut être ciblée sur une partie de la série. Ces écarts éclairent la question des quantités. Produire davantage pour rendre plusieurs variantes disponibles a des effets différents d’un volume commandé pour compenser des retours.

Les délais de réassort peuvent changer la quantité engagée au départ

Une entreprise qui peut relancer une série rapidement peut décider d’en engager moins au départ. Son volume total dépendra ensuite du nombre de séries testées et de leurs résultats. Une entreprise qui attend longtemps une livraison peut vouloir constituer une réserve plus importante. Dans les deux cas, la stratégie dépend des capacités du fournisseur, du délai de transport et de ce que l’entreprise prévoit de vendre. Pour tester ce mécanisme, comparez les quantités commandées au début et les réassorts. Un catalogue montre ce qui reste visible au moment du relevé. Il ne montre pas l’ordre des décisions ni les risques pris par chaque acteur. [3]

Ce que montrent les données européennes

L’Agence européenne pour l’environnement estime la consommation moyenne de textiles dans l’Union à 19 kg par personne en 2022, contre 17 kg en 2019. Ce périmètre comprend vêtements, chaussures et textiles ménagers. Le chiffre n’est donc ni un poids de vêtements seuls ni un décompte des pièces effectivement portées. [1]

Ce que la consommation apparente permet de calculer

L’Agence européenne pour l’environnement indique que son calcul s’appuie sur la production et le commerce. Dans son principe, la production à laquelle on ajoute les importations et dont on retire les exportations sert à estimer la consommation apparente dans l’Union. L’agence divise le résultat par la population pour le rapporter à l’habitant. Ce calcul situe un volume économique, sans décrire ce que chaque foyer achète ni combien de fois un vêtement est porté. Les vêtements, chaussures et textiles ménagers sont réunis. Les textiles techniques et les tapis sont notamment exclus de ce périmètre. Gardez cette définition avec les nombres de 2019 et 2022. [1]

Deux années donnent une variation, pas une explication

Entre 17 et 19 kg par habitant, l’écart affiché est d’environ 2 kg. En prenant 17 comme base, le calcul 2 ÷ 17 donne environ 12 %. Ces nombres de départ sont arrondis. Le résultat est un repère illustratif, pas une précision supplémentaire sur la série. Pour attribuer l’écart à une pratique de vente, il faudrait étudier les catégories, les achats, les changements de prix et les méthodes de mesure. La consommation apparente permet de constater une différence entre deux années selon le périmètre retenu. Les données par canal, par produit et par entreprise servent à tester les explications possibles. [1]

Les retours et invendus éclairent un autre flux

Une autre note de l’agence estime, à partir de données disponibles et dispersées, qu’environ 4 à 9 % des produits textiles mis sur le marché en Europe sont détruits avant usage. Il s’agit d’une fourchette et d’un périmètre précis. Elle ne doit pas être présentée comme le taux d’invendus d’une enseigne ou de chaque catégorie. [2]

Illustration SURPIQDeux flux à lire séparément
  1. Mise à dispositionDéfinissez le volume et le territoire étudiés.
  2. RetoursPrécisez le circuit suivi par les articles rendus.
  3. DestructionGardez le périmètre et la période du chiffre utilisé.

Retour, invendu et destruction correspondent à des étapes

Un retour peut être remis en stock, vendu sur un autre canal ou orienté vers un traitement. Un invendu peut rester en magasin ou être transféré sans avoir été commandé par un client. Un produit peut passer par les deux catégories si un retour reste ensuite sans débouché. L’agence signale les limites des données disponibles pour distinguer les flux. Pour comparer deux chiffres, écrivez le point de départ de chacun. Un taux de retour rapporte les retours aux ventes considérées. Une estimation des produits détruits avant usage rapporte une masse ou un nombre à un autre total. Leur addition directe risquerait de compter deux fois une partie des mêmes vêtements. [2]

Ce que mesure la fourchette sur la destruction

La note européenne de 2024 estime une part de 4 à 9 % des produits textiles mis sur le marché en Europe détruits avant usage. L’agence combine les éléments disponibles et indique des lacunes. L’intervalle permet de comprendre qu’un chiffre unique donnerait une impression de précision excessive. Pour le réutiliser, mentionnez la publication, le périmètre et l’unité du résultat, une proportion du volume étudié. Pour une entreprise donnée, il faudrait d’autres documents et une méthode comparable. La note montre qu’une partie des volumes engagés ne rencontre pas l’usage prévu, avec une ampleur qui dépend des hypothèses. [2]

Une obligation sur les invendus change une décision de fin de chaîne

La communication de la Commission sur l’article 25 du règlement européen 2024/1781 indique que l’interdiction de destruction des catégories visées, dont l’habillement, les accessoires vestimentaires et les chaussures, s’applique aux grandes entreprises depuis le 19 juillet 2026 et aux entreprises moyennes à partir du 19 juillet 2030. Il faut lire le règlement et les modalités applicables pour traiter un cas. Cette mesure concerne la gestion des invendus. Elle pose ensuite une question économique à suivre dans les données, celle des décisions d’achat et de stock prises plus tôt lorsque le traitement de la fin de chaîne change. [4]

Un retour a un coût de traitement avant toute décision

Lorsque le produit revient, quelqu’un doit identifier l’article, examiner son état et choisir un débouché. Le coût de ce travail et la durée de stockage peuvent peser dans la décision de remettre la pièce en vente. Une politique de retour peut réduire le risque ressenti par l’acheteur tout en créant davantage de flux à gérer. Pour interpréter les données de l’Agence européenne pour l’environnement, distinguez la fréquence des retours et la capacité à remettre les produits en circulation. Les deux indicateurs peuvent évoluer différemment. Un retour n’entraîne pas à lui seul une destruction et un invendu peut résulter d’une prévision sans avoir été retourné. [2]

Observer les décisions que ces flux appellent

Pour une entreprise, le volume commandé, la qualité des prévisions et la gestion des stocks sont des questions distinctes. Pour une personne, mesurer le nombre de pièces réellement portées peut rendre visible l’écart entre achat et usage. Les deux échelles éclairent des leviers différents.

Les acteurs disposent de leviers à des moments différents

Le fournisseur peut préparer une capacité, négocier un délai ou signaler qu’une modification engage des frais. Le donneur d’ordre peut revoir les quantités et les modalités de commande. Le distributeur décide de la gestion des retours et des références encore disponibles. Le consommateur peut attendre de préciser son besoin, essayer ou prolonger l’usage d’un article qu’il possède. Comparer ces leviers aide à éviter de résumer le sujet à une décision individuelle. Une action qui réduit les remplacements peut agir sur la demande. Une décision sur la quantité initiale agit au moment où les ressources sont engagées. Pour évaluer leurs effets, cherchez une preuve adaptée à chacune. [3] [2]

Utiliser son propre vestiaire comme donnée de décision

Pendant un mois, notez chaque fois qu’une situation vous donne envie d’acheter une pièce. Décrivez l’usage attendu, puis regardez si vous avez déjà un vêtement qui pourrait convenir. Si une réparation ou un ajustement résout la difficulté, notez son résultat à l’essayage. Si un besoin demeure, précisez le vêtement, le mouvement ou la saison auxquels il correspond. L’exercice ne mesure pas la production de l’industrie. Il rend visibles les écarts entre les occasions où l’offre vous sollicite et celles où un vêtement manque réellement. Vous pourrez choisir un remplacement en vous appuyant sur un usage identifié.

Revenir à la question du volume avec deux sources

Ouvrez l’indicateur européen de consommation apparente et le dossier sur les retours et la destruction. Sur une fiche, indiquez pour chacun l’objet mesuré et le point du parcours où il s’inscrit. Le premier rapproche production et échanges pour estimer un volume destiné au marché. Le second cherche à comprendre des situations où une partie de l’offre n’a pas servi. Si vous voulez suivre l’effet d’une règle ou d’une pratique de commande, ajoutez une mesure nouvelle qui permette de comparer les mêmes entreprises et catégories dans le temps. Ces distinctions répondent à la question du titre en séparant ce qui est engagé, ce qui circule et ce qui est réellement utilisé. [1] [2]

Les quantités peuvent se lire du côté de la qualité d’usage

Si un vêtement reste utile et confortable plus longtemps, il peut reporter le moment où son remplacement devient nécessaire. Ce résultat dépend de ce qu’il remplace réellement. Une réparation, une transmission ou un entretien adapté n’agissent pas de la même façon selon l’état et les habitudes de port. Pour une décision individuelle, notez les situations que vous voulez couvrir. Pour mesurer un effet sur la production, il faudrait observer si les remplacements évités modifient les commandes, à l’échelle pertinente et sur plusieurs périodes. L’écart entre ces deux questions explique pourquoi un conseil d’usage peut être valable sans fournir une mesure de la réduction de la production. [1] [5]

À consulter

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Sources et ressources

  1. Agence européenne pour l’environnement, Circularity of the EU textiles value chain in numbers, 2025
  2. Agence européenne pour l’environnement, The destruction of returned and unsold textiles in Europe’s circular economy, 2024
  3. OCDE, Guide sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables dans l’habillement et la chaussure, 2018
  4. Commission européenne, communication sur l’article 25 du règlement (UE) 2024/1781, 2026
  5. Gustav Sandin et Greg M. Peters, « Environmental impact of textile reuse and recycling – A review », Journal of Cleaner Production, 2018