Cultures vestimentaires · Dossier historique

Quelle est l’histoire du kimono japonais ?

Un vêtement posé à plat peut raconter une autre histoire que le même vêtement porté. Sur un kimono, la largeur des manches, le placement d’un décor et la manière dont les pans se croisent deviennent lisibles quand on le déploie. Son histoire mêle la construction du vêtement, le commerce des étoffes et les changements de garde-robe au Japon.

Kimono à larges manches déployées et décor de paysage multicolore.
Kimono de la collection Khalili, présenté de façon à rendre visible la répartition du décor.Auteur non renseigné · 1912–1926 · CC BY-SA 4.0 · format WebP

Partir d’un vêtement documenté

Le Victoria and Albert Museum présente un furisode probablement fabriqué à Kyoto entre 1905 et 1920. La datation et le lieu sont donnés avec des degrés de précision différents. L’objet permet d’observer une forme aux manches longues, et la notice le présente comme un kimono destiné à une jeune femme. Pour comprendre le décor, regardez où il se poursuit au-delà d’une couture. Posez-vous ensuite une autre question. Quelle partie en voit-on quand le vêtement est noué à la taille ? [1]

Une forme que les coutures permettent de suivre

Ouvrez d’abord les images du furisode et du vêtement de dessus appelé uchikake dans le dossier du V&A. La première pièce est datée de 1905 à 1920, la seconde de 1800 à 1830. La mention « probablement Kyoto » est une attribution géographique. Elle laisse ouvertes l’identité de l’atelier et la première occasion de port. Sur les vues, cherchez la ligne des épaules et la manière dont la manche se détache du corps. Ces détails restent lisibles avant même que vous identifiiez les motifs. Ils aident aussi à comprendre pourquoi les deux formes se prêtent mal à une comparaison par la seule largeur des manches. [1]

La longueur des manches en situation

Une manche se juge à partir de son ouverture, de sa profondeur et de son point d’attache. Dans une vue à plat, vous pouvez comparer ces trois éléments sans être distrait par la pose. Dans une vue portée, regardez ensuite ce qui arrive au bord de la manche lorsque le bras se relève. Pour lire le furisode, cette alternance permet d’isoler deux choses que la photographie tend à confondre, le dessin permanent du vêtement et la forme momentanée que prend l’étoffe. La ceinture et la superposition des pans contribuent également au résultat. Une pièce déployée montre une surface que le port redistribue et masque par endroits. [3]

Ce que la période d’Edo change dans le récit

Sous la période d’Edo, le vêtement aujourd’hui appelé kimono participe à une culture de la mode japonaise. Le kosode, forme antérieure dont le nom renvoie à une petite ouverture de manche, aide à comprendre cette évolution. La coupe offre un cadre stable à des variations de matière, de motifs et de port. Les décors changent et les choix de fabrication s’inscrivent dans des marchés, des pratiques et des circonstances sociales. Il serait donc trompeur de dater l’ensemble d’une seule invention. [1]

Une construction relativement stable laisse place à la mode

Le V&A rattache la diffusion de cette famille de vêtements à une longue histoire. Il situe l’adoption du terme kimono au milieu du XIXe siècle et décrit l’importance croissante de formes apparentées bien avant cette date. L’exposition commence au XVIIe siècle, ce qui correspond à son propre périmètre. Il faut donc distinguer l’histoire du mot, celle de la coupe et celle des garde-robes. Pendant la période d’Edo, l’expression de la mode se lit dans l’étoffe, les couleurs, les procédés de décoration et les associations. Vous pouvez retrouver des rapports de proportions comparables sur deux pièces dont les effets de surface racontent des choix très éloignés. [3]

Lire un décor comme une composition

Dans l’article consacré à un uchikake probablement fabriqué à Kyoto entre 1860 et 1880, le V&A relie son décor à une pièce de kabuki qui reprend elle-même une légende chinoise. Le musée envisage plusieurs usages et estime plus plausible un port par une courtisane de haut rang. L’intérêt de la notice est de montrer ce que chaque indice permet. L’iconographie explique la présence de certaines figures et leur agencement. Pour identifier le contexte de port, il faut examiner d’autres éléments, comme la manière dont les costumes de scène de l’époque utilisaient les motifs. Le point d’interrogation du titre signale que l’attribution reste ouverte. [4]

Suivre les transformations sans figer les usages

L’évolution des garde-robes, notamment à partir de l’ère Meiji, s’accompagne de la coexistence de vêtements japonais et occidentaux selon les milieux et les occasions. Le kimono circule aussi hors du Japon. Il peut être porté, collectionné ou réinterprété. Ces trajectoires ne donnent pas la même information. Un vêtement conçu au Japon pour être exporté renseigne sur un marché. Un manteau étranger inspiré du kimono renseigne plutôt sur la façon dont des créateurs ont regardé sa construction ou son image. [1]

Suivre deux circulations différentes

L’exposition fait voisiner un portrait réalisé aux Pays-Bas par Gerard Hoet en 1678 et un manteau de Paul Poiret créé à Paris vers 1913. Le premier est un document pictural. Le second est un objet de mode que l’on peut décrire par sa coupe. Les placer sur une même frise aide à dater les rapprochements, mais il faut conserver la différence de nature entre les deux preuves. Sur un portrait, posez la question de la mise en scène et du statut du modèle. Sur un manteau, cherchez ce que le vêtement emprunte éventuellement à un volume ou à un dispositif de fermeture. L’étiquette muséale situe alors une comparaison de formes, à compléter par l’histoire des échanges. [1]

Du vêtement japonais aux usages d’écran

Le costume d’Obi-Wan Kenobi, dessiné par John Mollo pour le film de 1977 et présenté par le V&A, permet une autre comparaison. L’objet a une fonction dramatique. À l’écran, la silhouette doit rester lisible dans le mouvement et s’accorder avec un personnage. Une inspiration vestimentaire peut donc passer par une ampleur, une superposition ou un croisement, tandis que l’étoffe et le contexte changent. Pour mener cette comparaison, partez de la photographie de l’objet exposé. Identifiez les parties réellement visibles et réservez l’analyse de la lumière, du mouvement et du cadrage à une séquence que vous pouvez revoir. Le passage entre musée et cinéma change la nature de la question. [1]

Observer une comparaison au fil de la visite

La visite filmée du V&A est organisée en plusieurs épisodes. Le premier permet d’entrer dans l’exposition avec Anna Jackson. Servez-vous du film pour relever les termes utilisés au moment où une pièce est présentée. Revenez ensuite à la photographie légendée de l’exposition. Écouter la distinction entre une coupe, un contexte de port et une influence rend plus facile la comparaison d’objets éloignés. Un plan d’ensemble aide à comprendre le voisinage voulu par le musée. Pour une attribution ou une date, utilisez la notice de l’objet. [2]

Lire la même pièce en trois plans

Commencez par une vue entière. La silhouette et la longueur des manches s’y lisent mieux que la technique. Passez à un détail de couture et cherchez si le décor traverse ou contourne le raccord. Revenez enfin à une vue portée. L’obi peut masquer une partie du dessin et modifier la façon dont le regard circule. Si vous ne disposez que de la photographie d’un vêtement à plat, formulez votre lecture à cette échelle. La position d’un motif sur le corps demande une seconde vue ou une documentation du port. [1]

Illustration SURPIQLire la pièce en trois plans
  1. SilhouetteObservez les proportions et la profondeur des manches.
  2. MontageSuivez les bords et la manière dont les panneaux se rejoignent.
  3. DécorRepérez la répartition du motif sur chaque panneau.

Distinguer une vue de mannequin d’une preuve de port

Une photographie d’exposition est déjà une interprétation matérielle. Le mannequin impose un volume. Les épingles et les supports peuvent retenir le textile là où le corps et la ceinture le maintiendraient autrement. La page du V&A sur les coulisses montre comment l’équipe fait apparaître la troisième dimension d’objets souvent vus à plat. Lorsque vous comparez un modèle exposé et une estampe, ne mesurez donc pas l’ampleur des plis comme si les deux images avaient été produites de la même façon. L’estampe représente aussi une posture, un goût et des choix de dessin. Les deux vues permettent de poser des questions différentes à la pièce. [5]

Le niveau de détail qu’une vue permet

Sur une photo entière, vous pouvez situer une zone très décorée par rapport au dos et au bas. Pour distinguer un effet obtenu au tissage d’un motif ajouté, rapprochez-vous de la surface et ouvrez la notice technique. Si celle-ci ne décrit pas la méthode, gardez une description visuelle, comme un contour serré ou une zone de reflets. Dans une comparaison de deux périodes, vérifiez également que vous comparez la même partie du vêtement. Un changement apparent de dessin peut tenir au fait que l’une des images montre l’extérieur d’une manche et l’autre un détail de dos.

Regarder la coupe avant de nommer le motif

Commencez par l’échelle de la pièce, puis suivez les coutures et repérez les pans. Cherchez ensuite la matière et le procédé qui produit le décor. Une photo peut montrer un motif sans révéler comment il a été obtenu. Le parcours numérique présenté par l’équipe du V&A permet d’approfondir les pièces et leur mise en exposition. [2]

Kimono de cérémonie uchikake déployé en musée.
Uchikake conservé au Honolulu Museum of Art. Un autre exemple pour comparer manches et panneaux.Hiart · 2018 · CC0 · format WebP

Comparer des objets contemporains aux archives

Le V&A présente l’ensemble HIROCOLEDGE de Hiroko Takahashi, daté de 2009, et Beyond, de Moriguchi Kunihiko, daté de 2005. Placez un de ces objets près du furisode de l’ouverture. Cherchez d’abord où le décor se concentre, puis ce qui reste visible sur la partie de tissu que la fermeture recouvre en partie. Le rapprochement donne une lecture concrète de la création contemporaine. Le vocabulaire de la coupe peut servir à une nouvelle composition graphique, et le motif peut amener le regard à circuler autrement. Pour documenter la pratique de chaque créateur, complétez la comparaison visuelle par les informations d’auteur et de fabrication. [1]

Laisser une place aux usages individuels

Pour un kimono de famille, une notice privée peut préciser qui l’a reçu, quels accessoires l’accompagnaient et si ces éléments formaient un ensemble dès le départ. Une image de cérémonie apporte une date de port lorsqu’elle est légendée. Elle ne date pas directement la confection. Un décor ou un mode d’attache aperçu dans un catalogue peut vous aider à formuler une question à la personne qui connaît la pièce. Demandez-lui comment elle la nomme, quand elle la sortait et qui l’aidait à la mettre. Une réponse située dans le temps et attribuée transmet davantage qu’une légende qui transformerait l’expérience d’une personne en règle nationale.

À consulter

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Sources et ressources

  1. Victoria and Albert Museum, Kimono: Kyoto to Catwalk, exposition de 2020
  2. Anna Jackson et Victoria and Albert Museum, visite filmée de Kimono: Kyoto to Catwalk, 21 mai 2020
  3. Victoria and Albert Museum, « Kimono », mise à jour du 17 avril 2024
  4. Victoria and Albert Museum, « Kimono for a courtesan? », mise à jour du 17 avril 2024
  5. Victoria and Albert Museum, « Inside the Kimono: Kyoto to Catwalk exhibition », mise à jour du 17 avril 2024